Accueil Date de création : 12/12/07 Dernière mise à jour : 29/11/11 12:18 / 280 articles publiés

VICOKA  (Vicoka) posté le mercredi 12 décembre 2007 11:06

Blog de centaurette :Le sel de ma vie, VICOKA
 

1- Septembre 1981 : la rupture.

Salut, c’est moi Vicoka , j’ai 8 ans, je mesure 1m65 au garrot, j’ai une belle robe alezane, une tête fine ornée d’une liste qui démarre en étoile entre mes yeux, s’affine le long du chanfrein et vient s’arrondir entre mes naseaux.

J’ai passé les premières années sur les champs de courses. Quelle rigolade ! On était toute une bande de potes aussi fous que moi et on se tirait de ces bourres ! Mon cavalier était tout petit, tout léger, je ne sentais ni ses mains ni ses jambes… enfin, au début. Parce qu ‘après, il s’est mis à me frapper avec ce qu’il appelait une « cravache ». Ca, c’était moins marrant. J’ai jamais compris pourquoi, d’ailleurs. Il voulait peut-être que j’aille plus vite…

Et puis un jour, ça s’est arrêté. J’ai vu mes potes partir s’éclater sans moi tous les matins, et un matin, on m’a emmené dans une autre écurie. Quand je descendu du van, j’ai cherché à voir les pistes où j’allais pouvoir de nouveau galoper, mais je n’ai rien vu du tout. C’était tout petit ! Et plein d’arbres ! Où veulent-ils que je galope ? Entre les arbres ? J’ai pensé : «  Il va falloir que je leur explique… Le slalom, c’est pas mon truc ! » Je voyais des collègues rentrer dans une espèce de grande maison sans fenêtres, mais je ne voyais pas ce qu’ils faisaient dedans. Ah ben j’ai vite compris !!

A suivre…

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Les premiers jours.  (Vicoka) posté le mercredi 12 décembre 2007 17:35

Blog de centaurette :Le sel de ma vie, Les premiers jours.

 

Ah, on peut dire que ça m’a changé ! Et puis à tous points de vue ! D’abord, je vais vous parler de ma nouvelle cavalière. Alors elle, tant qu’elle reste à pied, ça va. Elle me fait plein de câlins, les carottes et les pommes, je ne vous en parle même pas, elle me brosse pendant des heures, mes pieds sont curés avant et après, bref, tout bonheur. Là où ça se gâte, c’est quand elle me grimpe dessus. D’abord, elle fait au moins le double du poids de mon ancien cavalier, et puis… je trouve pas les mots … c’est un autre monde…

D’abord, elle m’emmène tous les jours dans cette grande maison que j’ai aperçue quand je suis arrivé là. Elle appelle ça un « manège », et ce qu’on fait , apparemment, c’est du « travail sur le plat » ou du « dressage ». Je ne connaissais pas… et c’est drôlement barbant !!! je vous explique : on tourne en rond pendant une heure ! De temps en temps, on change de sens. Le monsieur qui est au milieu (on dirait un peu celui qui parlait à mon cavalier là où j’étais avant, sauf qu’il est assis sur une espèce de petit siège en cuir à trois pieds qu’il emmène de partout avec lui, et qu’il crie tout le temps) Et puis, on est au moins dix chevaux (il faudra que je vous parle aussi de ces nouveaux potes. Enfin, des potes… faut le dire vite ! Ils me regardent de haut, ce sont des monstres ! ) Il faut toujours rester à la queue leu-leu, interdit de dépasser ! On peut même pas se rapprocher ! Si on le fait, le monsieur hurle : « Garde tes distances ! »

Avant, j’avais l’impression d’être tout seul. Maintenant, je sais bien qu’on est deux ! En plus, je ne sais pas ce qu’elle veut, mais elle me donne des grands coups de talon et elle me laisse pas allonger l’encolure, j’y comprends plus rien. Ca, c’est quand le monsieur crie : « Mets-le en place, il est pas sur la main ! » Mais ça veut dire quoi, ça ??? Et puis, quand je trotte, de temps en temps, elle se laisse rebondir sur mon dos, et là, mes amis, quelle torture !!! ( il paraît que ça s’appelle de la « mise en selle ») Et puis, quand elle me ramène au boxe, elle a de ces commentaires ! (qu’est-ce que tu peux être tape-cul, mon pauvre loulou !, par exemple) Ca veut dire quoi, « tape-cul » ? Je ne sais pas, mais ça a l’air vraiment désobligeant !!

Bref, je crois que je vais faire de la dépression nerveuse…

A suivre…

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Enfin, on sort!!  (Vicoka) posté le mercredi 12 décembre 2007 17:42

Blog de centaurette :Le sel de ma vie, Enfin, on sort!!

Quelque temps après, ma cavalière arrive comme d’habitude, j’ai droit à ma ration de caresses, elle me brosse (on appelle ça le « pansage », quel drôle de nom !), elle me met la selle sur le dos, le filet, et on sort de l’écurie. Et là, au lieu d’aller vers le manège, elle me grimpe dessus et elle attend. Qu’est-ce qu’elle attend ? Ah bon, il y a deux autres chevaux qui nous rejoignent avec leur cavalier. Chic, je pense, on va aller se tirer une bourre ! Alors déjà, il y en a un qui se met devant moi et l’autre derrière. J’entends ma cavalière qui dit : «  je ne sais pas comment il se comporte en extérieur, on prend des précautions. »(C’est quoi, des précautions ?) Et puis on part. Au début, je regarde autour de moi pour chercher les pistes. Evidemment, je n’en vois pas.( Je crois que je m’y attendais… )Donc on prend un petit chemin qui passe entre les arbres, au pas. Je me sens comme dans un étau : rênes serrées, genoux serrés, même la cavalière est serrée ! Et pendant toute la sortie, pas de galop !

Mais je l’ai bien eue à une autre occasion… Un jour qu’on allait en « trotting » (ça, c’est encore un nom que je ne connaissais pas…), il venait de pleuvoir pendant trois jours sans interruption, elle me fait passer dans une cuvette pleine d’eau. J’en avais jusqu’au poitrail ! Et là, je me suis mis droit debout et demi-tour ! Ca n’a pas raté ! Elle a fait un joli vol plané et plouf ! Mes amis, on est rentrés comme j’aime ! A fond la caisse !!!
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Je déteste les vacances d'été!  (Vicoka) posté le mercredi 12 décembre 2007 17:45

Blog de centaurette :Le sel de ma vie, Je déteste les vacances d'été!

Vous n’allez jamais me croire ! Elle m’a pris pour un cheval de randonnée ! Alors, c’est vrai qu’il ne restait plus grand monde aux écuries… Il faisait très chaud, mais j’aimais bien parce qu’elle m’emmenait nager aux « Eaux Bleues » ( je comprends pas pourquoi on les appelle comme ça, parce qu’elles sont loin d’être bleues…), c’était super sympa. On partait avec des potes à elle, au pas, pas de selle, juste le filet, et on se la coulait douce tout l’après-midi.

            Et puis un jour, elle m’a mis dans un camion, et on a pris la route. Deux heures et demie de trajet ! Je déteste le camion. Je suis coincé, ça bouge tout le temps, je ne vois rien du paysage, et je m'ennuie!!! Bref, la galère! Enfin...Je me suis retrouvé dans un boxe tout bizarre, il fallait grimper une marche pour rentrer, pas de visibilité, pas moyen de passer la tête dehors, plein de bruits anormaux, l'angoisse. Mais passons les détails.

J'ai fait connaissance avec l'environnement dès le lendemain. Ma cavalière (au fait, elle s'appelle Agnès) m'a sellé et on est parti. Et alors là, mes amis, début du cauchemar! Ce pays, jamais j'aurais cru que ça existait! Rien que des montées et des descentes, dans des petits chemins pleins de gadins où je me tordais les sabots, parcours vita, quoi! Comme si j'en avais besoin! Et on faisait tous les jours le même trajet. Au début, on a tout fait au pas. Mais après, il a fallu y aller au trot! Montées, descentes, tout au trot! Jamais le moindre terrain plat! Jamais de sable doux!

Agnès appelle ce pays la "Haute-Loire". Elle m'a dit (parce qu'elle me parle tout le temps) que c'était le pays de ses grands-parents (je m'en tape) et qu'elle adorait venir là, et que ce serait bon pour moi. "Tu vas voir, tu vas prendre du muscle!" Mais moi, j'en veux pas, du muscle! Les potes, ils vont se moquer de moi quand je les reverrai! Tu as déjà vu des pur-sang tout en muscles, toi? Je veux pas ressembler à ceux des écuries!!

Rien à faire. Pendant deux mois, j'ai arpenté sa campagne ( le nez par terre s'il vous plaît, c'était imposé) tous les jours sans exception. On est enfin rentré. Et là, elle m'a exhibé à tout le monde, et tout le monde s'est extasié sur ma métamorphose. Heureusement qu'il n'y a pas de miroir dans les boxes! Je ne voulais pas voir ça! Heureusement, trois mois après j'avais retrouvé ma ligne svelte et déliée!

 

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Janvier 1985 - Quelques années après...  (Vicoka) posté le mercredi 12 décembre 2007 22:33

Blog de centaurette :Le sel de ma vie, Janvier 1985 - Quelques années après...

            Qu’est-ce que je pourrais dire d’autre ? Ma vie est pas si mal que ça… Il me reste quelques bons vieux souvenirs d’antan et des grandes galopades, mais j’ai pris plaisir à ma nouvelle vie. Même si parfois j’en fais voir des vertes et des pas mûres à Agnès, mais ça c’est réflexe ! On n’est pas pur-sang pour rien !

Tiens, j’ai un nouveau cavalier…. Il s’appelle Jean, il a 17 ans et il est passionné. Il me monte un jour sur deux, parce qu’Agnès… Eh bien, Agnès , elle s’est mariée, et son mari, bon ben, il supporte pas qu’elle passe son temps aux écuries tous les jours. Alors, elle a coupé la poire en deux et elle a demandé à Jean de s’occuper de moi.

Et bien croyez-moi si vous voulez, mais il m’a fait apprécier l’obstacle ! Je ne vous ai pas parlé de ça, mais je ne pouvais pas vous parler de tout… En deux mots, ça a été encore une galère quand Agnès s’est mise en tête de me faire sauter ! Moi, j’avais jamais fait ça, et elle adorait … Je vous passe les détails. Mais Jean, lui, il est d’une délicatesse, il a un de ces doigtés, rien à voir ! Je me suis rendu compte qu’on pouvait faire ça dans le calme et la décontraction. Ca fait six mois qu’il me monte, les premiers temps, j’ai eu du mal à capter, et puis j’étais pas à l’aise, mais maintenant, c’est nickel.

On a même fait une séance d’obstacle avec Agnès cet après-midi. Jean nous a emmenés à l’Escadron, le centre équestre qui est juste à côté. Ils ont fait un concours d’entraînement ce week-end, et ils ont pas encore enlevé le parcours. Et ma foi, avec les conseils de Jean, Agnès m’a fait enchaîner un tour à 1m10 pépère, pratiquement rênes longues, un régal. Elle était si contente que j’ai eu droit à double ration de pommes et de câlins. C’est vrai que c’était jamais arrivé.

Il faudra que je lui dise d’appeler le véto, j’ai un peu mal au bide, ce soir…

 

Adieu, Vicoka. Tu es mort le surlendemain de ce jour où j’avais eu tant de plaisir avec toi, d’une violente crise de colique où ton cœur a lâché. Le véto n’a rien pu faire. Cela fait 22 ans que cela s’est passé, et je sens les larmes qui me remontent aux yeux. Tu as été mon premier cheval, je ne t’oublierai jamais.

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